Table des matières
TL;DR — Points clés
À retenir de cet article
- L'AMLR 2024 remplace la 5ᵉ directive anti-blanchiment et étend les obligations aux crypto-actifs, NFT et conseillers fiscaux
Un règlement européen directement applicable dans tous les États membres, sans transposition nationale.
- La Travel Rule impose aux PSAN d'identifier expéditeur ET bénéficiaire pour tout transfert crypto, dès le premier euro
Les informations doivent accompagner le transfert. Pas de seuil minimal : toutes les transactions sont couvertes.
- AMLD6 harmonise les sanctions pénales dans toute l'UE : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour les personnes physiques
Élargissement des infractions sous-jacentes et responsabilité pénale des personnes morales.
- Toute entreprise assujettie doit déclarer à Tracfin dans les 30 jours suivant l'identification d'une opération suspecte
La déclaration de soupçon est confidentielle ; le déclarant bénéficie d'une immunité légale.
- Levier IA propose un audit LCB-FT 100 % en ligne : cartographie des risques, plan d'action et mise en conformité
Une solution SaaS qui automatise l'évaluation des risques et génère le rapport d'audit en 48h.
Le paysage réglementaire de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT) a connu une transformation majeure en 2024. Avec l’entrée en vigueur du règlement AMLR, l’extension de la Travel Rule aux crypto-actifs et l’application effective d’AMLD6, les obligations des entreprises françaises sont désormais plus nombreuses, plus strictes et plus harmonisées au niveau européen.
Que vous soyez une PME qui accepte des paiements en crypto, un cabinet de conseil assujetti à la vigilance client, ou une fintech en cours d’enregistrement PSAN, ce guide fait le point sur ce qui change, ce qui est obligatoire, et comment vous mettre en conformité sans y passer des semaines.
AMLR 2024 : la fin des directives, place au règlement unique
Qu’est-ce que l’AMLR et pourquoi remplace-t-elle les directives AMLD ?
Depuis 1991, la lutte anti-blanchiment européenne reposait sur une succession de directives (AMLD1 à AMLD5) que chaque État membre devait transposer dans son droit national. Résultat : un paysage fragmenté, avec des obligations qui variaient sensiblement d’un pays à l’autre — un avantage pour les blanchisseurs, un casse-tête pour les entreprises.
L’AMLR (Anti-Money Laundering Regulation), adoptée en juin 2024, change la donne. C’est un règlement européen, directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale. Plus de marges d’interprétation : les règles sont identiques de Paris à Varsovie.
Les principales nouveautés introduites par l’AMLR 2024 :
- Extension du champ d’application aux crypto-actifs, aux NFT, aux plateformes de financement participatif et aux conseillers fiscaux indépendants
- Plafonnement des paiements en espèces à 10 000 € dans toute l’UE (contre des plafonds variant de 500 € à 15 000 € selon les pays auparavant)
- Création de l’AMLA (Anti-Money Laundering Authority), une autorité européenne de supervision basée à Francfort, dotée de pouvoirs de contrôle direct sur les entités les plus risquées
- Renforcement de la transparence des bénéficiaires effectifs : les registres nationaux sont interconnectés via la plateforme BORIS (Beneficial Ownership Register Interconnection System)
- Obligation de vigilance renforcée pour les relations d’affaires avec des pays tiers à haut risque et pour les transactions impliquant des « personnes politiquement exposées » (PPE)
Calendrier d’application
L’AMLR est applicable depuis le 10 juillet 2026 pour la plupart des dispositions. Les obligations relatives aux crypto-actifs sont entrées en vigueur plus tôt, en décembre 2024, en cohérence avec le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets).
| Échéance | Obligation |
|---|---|
| Décembre 2024 | Travel Rule pour les transferts crypto |
| Juillet 2026 | Application générale de l’AMLR |
| Janvier 2027 | Interconnexion complète des registres de bénéficiaires effectifs |
| 2028 | Pleine capacité opérationnelle de l’AMLA |
Travel Rule : l’identification obligatoire pour les transferts crypto
En quoi consiste la Travel Rule ?
La Travel Rule (règle de voyage) est née dans le secteur bancaire traditionnel : elle oblige les établissements financiers à faire « voyager » les informations sur le donneur d’ordre et le bénéficiaire avec chaque transfert de fonds. Le règlement européen 2023/1113, applicable depuis décembre 2024, étend cette obligation aux transferts de crypto-actifs.
Concrètement, pour tout transfert de crypto-actifs — Bitcoin, Ethereum, stablecoins ou tout autre token — le prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) doit :
- Collecter les informations sur l’expéditeur : nom, numéro de compte/distributed ledger address, adresse, numéro de document d’identité ou date et lieu de naissance
- Collecter les informations sur le bénéficiaire : nom et numéro de compte/distributed ledger address
- Transmettre ces informations au PSAN destinataire avec le transfert
- Vérifier l’exactitude des informations avant d’exécuter le transfert
Il n’y a pas de seuil minimal : contrairement aux transferts bancaires où la Travel Rule ne s’applique qu’au-delà de 1 000 €, les transferts crypto sont tous couverts dès le premier euro.
Ce que cela change pour les entreprises françaises
Si votre entreprise accepte des paiements en crypto-actifs, vous devez vous assurer que votre prestataire de paiement crypto est enregistré PSAN auprès de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) et applique la Travel Rule. En pratique, cela implique :
- Un KYC (Know Your Customer) renforcé : chaque client payant en crypto doit être identifié avec les mêmes exigences qu’un client bancaire
- La traçabilité complète des flux entrants : vous devez pouvoir reconstituer le chemin complet de chaque transaction
- La conservation des données pendant 5 ans minimum, conformément aux exigences de l’AMLR
Pour les fintechs et les entreprises qui opèrent dans l’écosystème crypto, l’enjeu est encore plus direct : vous êtes vous-même une entité assujettie si vous fournissez des services sur actifs numériques, et devez appliquer la Travel Rule à tous vos clients.
AMLD6 : le volet pénal harmonisé
Que change la sixième directive anti-blanchiment ?
Adoptée en 2018 et transposée en droit français par l’ordonnance du 12 février 2020, la directive AMLD6 harmonise la définition pénale du blanchiment dans toute l’Union européenne. Ses apports majeurs :
- Liste élargie des infractions sous-jacentes : 22 catégories au lieu de 20, incluant désormais la cybercriminalité et les crimes environnementaux
- Responsabilité pénale des personnes morales : une entreprise peut être condamnée pénalement pour blanchiment (amende, exclusion des aides publiques, dissolution)
- Peines minimales harmonisées : 4 ans d’emprisonnement pour le blanchiment simple, 5 ans pour les circonstances aggravantes
- Compétence juridictionnelle élargie : un État membre peut poursuivre un blanchiment commis dans un autre État membre si l’infraction sous-jacente relève de sa compétence
En France, le Code pénal (article 324-1) punit le blanchiment simple de 5 ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende, et le blanchiment aggravé de 10 ans et 750 000 € d’amende. AMLD6 impose que la personne morale encourt une amende pouvant atteindre 5 % de son chiffre d’affaires annuel mondial.
Obligations pratiques : ce que votre entreprise doit faire concrètement
1. Classification des risques LCB-FT
C’est l’obligation socle, imposée par l’article L.561-36 du Code monétaire et financier. Toute entité assujettie doit documenter une analyse des risques de blanchiment et de financement du terrorisme auxquels elle est exposée, en fonction de :
- Sa clientèle (particuliers, entreprises, PPE, clients ponctuels vs relations d’affaires)
- Ses produits et services (paiements, gestion d’actifs, conseil, intermédiation)
- Sa zone géographique (pays d’opération, pays de provenance des fonds)
- Ses canaux de distribution (présentiel, à distance, via des intermédiaires)
Le résultat de cette classification (risque faible, moyen, élevé) détermine le niveau de vigilance à appliquer.
2. Vigilance client (KYC) standard et renforcée
La vigilance standard implique au minimum :
- L’identification du client et la vérification de son identité avant d’entrer en relation d’affaires
- L’identification du bénéficiaire effectif pour les personnes morales
- L’évaluation de l’objet et de la nature de la relation d’affaires
- La mise à jour régulière des informations (au minimum tous les 5 ans)
La vigilance renforcée s’applique aux situations à risque élevé et impose des vérifications supplémentaires : justificatif de l’origine des fonds, autorisation de la hiérarchie pour nouer la relation, surveillance renforcée des transactions.
3. Déclaration de soupçon à Tracfin
Dès qu’une entreprise assujettie identifie une opération suspecte, elle doit effectuer une déclaration de soupçon à Tracfin via la plateforme sécurisée ERMES. Les points essentiels :
- Délai : 30 jours après identification des faits suspects, ou immédiatement en cas d’urgence
- Confidentialité absolue : il est interdit de révéler au client qu’une déclaration a été faite
- Immunité légale : le déclarant ne peut être poursuivi pour violation du secret professionnel
- Contenu : identité des parties, montant, circuit financier, motifs du soupçon
En 2024, Tracfin a reçu plus de 200 000 déclarations de soupçon, en hausse de 15 % par rapport à 2023, dont une part croissante — environ 8 % — concerne des opérations liées aux crypto-actifs.
4. Désignation d’un responsable LCB-FT
L’AMLR 2024 impose aux entités assujetties de désigner un responsable LCB-FT disposant :
- D’un rattachement hiérarchique suffisant (idéalement direction générale ou conformité)
- De moyens humains et techniques adaptés à la taille de l’entreprise
- D’un accès direct à l’organe de direction
Pour les PME, cette fonction peut être cumulée avec d’autres responsabilités (direction juridique, compliance), mais doit être formellement identifiée dans l’organigramme.
5. Formation des collaborateurs
Obligation souvent négligée mais expressément prévue par l’AMLR : tous les collaborateurs exposés au risque LCB-FT doivent être formés. Cela inclut les équipes commerciales, la relation client, la comptabilité et la direction. La formation doit être :
- Initiiale lors de la prise de poste
- Continue, avec une mise à jour annuelle a minima
- Documentée, avec un registre de formation tenu à disposition de l’ACPR
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Conclusion
Le cadre LCB-FT français et européen s’est considérablement renforcé en 2024, avec une exigence nouvelle : la conformité n’est plus optionnelle et ne tolère plus l’à-peu-près. L’AMLR, la Travel Rule et AMLD6 forment un ensemble cohérent qui responsabilise toutes les entreprises — pas seulement les banques.
Pour les entreprises françaises, la priorité est de réaliser leur classification des risques et de documenter leur dispositif. Un audit LCB-FT structuré est le point de départ indispensable, qu’il soit mené en interne ou externalisé.
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Chiffres-clés
Données sourcées
170 Md€
montant estimé du blanchiment chaque année dans l'Union européenne, selon Europol. Les nouvelles réglementations AMLR et AMLD6 visent à réduire ce chiffre de 40 % d'ici 2030.
Selon Europol — European Financial and Economic Crime Threat Assessment
30 jours
est le délai maximum pour déclarer une opération suspecte à Tracfin après identification. En cas d'urgence (risque de dissipation des fonds), la déclaration doit être immédiate.
5 ans
d'emprisonnement : peine maximale encourue par une personne physique pour blanchiment aggravé selon AMLD6. Les personnes morales risquent jusqu'à 5 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial.
Questions fréquentes
Vos questions sur ce sujet
Qu'est-ce que l'AMLR 2024 et en quoi diffère-t-elle des directives précédentes ?
L'AMLR (Anti-Money Laundering Regulation) est un règlement européen adopté en 2024, directement applicable dans tous les États membres sans transposition nationale. Contrairement aux directives AMLD1 à AMLD5 qui laissaient des marges d'interprétation, l'AMLR unifie le cadre LCB-FT à l'échelle de l'UE. Principales nouveautés : extension aux crypto-actifs et NFT, plafonnement des paiements en espèces à 10 000 € dans toute l'UE, création de l'AMLA (autorité européenne de supervision), et obligations de transparence sur les bénéficiaires effectifs.
Quelles entreprises françaises sont concernées par les obligations LCB-FT ?
Les obligations LCB-FT s'appliquent aux « entités assujetties » définies par le Code monétaire et financier : banques, assurances, notaires, avocats (dans certaines activités), experts-comptables, agents immobiliers, casinos, sociétés de gestion, PSAN (prestataires de services sur actifs numériques), et depuis l'AMLR 2024, les conseillers fiscaux et certaines plateformes de financement participatif. Sont également assujetties les entreprises qui, par leur activité, présentent un risque de blanchiment identifié par l'ACPR ou Tracfin.
La Travel Rule s'applique-t-elle aux entreprises qui acceptent des paiements en crypto ?
Oui, si l'entreprise passe par un PSAN (plateforme d'échange comme Coinbase, Binance ou une solution de paiement crypto). La Travel Rule (règlement UE 2023/1113) oblige les prestataires de services crypto à collecter et transmettre les informations sur l'expéditeur et le bénéficiaire pour tout transfert — sans seuil minimal. L'entreprise qui accepte des paiements crypto doit s'assurer que son prestataire est enregistré PSAN auprès de l'AMF et applique la Travel Rule. En pratique, cela signifie exiger un KYC du client payeur.
Comment faire une déclaration de soupçon à Tracfin ?
La déclaration de soupçon s'effectue exclusivement via la plateforme sécurisée ERMES de Tracfin. Elle doit contenir : l'identité du déclarant, la description de l'opération suspecte (montant, date, circuit financier), les éléments d'identification du client, et les raisons du soupçon. Le délai est de 30 jours maximum après identification des faits — immédiat en cas d'urgence. La déclaration est strictement confidentielle : il est interdit d'informer le client concerné. Un service dédié de Tracfin accompagne les déclarants dans leurs premières démarches.
Quelles sont les sanctions en cas de non-respect des obligations LCB-FT ?
Le régime de sanctions est à trois niveaux. Administratif : l'ACPR peut prononcer des amendes jusqu'à 5 M€ ou 10 % du chiffre d'affaires annuel, assorties d'un blâme ou d'une interdiction d'exercice. Disciplinaire : les professions réglementées (avocats, notaires, experts-comptables) s'exposent à des poursuites par leurs instances ordinales. Pénal : AMLD6 prévoit jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour blanchiment aggravé, 2 ans pour simple manquement aux obligations de vigilance. La responsabilité pénale des personnes morales est engagée depuis AMLD6.
Faut-il obligatoirement réaliser un audit LCB-FT dans son entreprise ?
Oui, pour toutes les entités assujetties. L'article L.561-36 du Code monétaire et financier impose une classification des risques (faible, moyen, élevé) et une mise à jour régulière de l'analyse. Cette classification doit être documentée, tenue à disposition de l'ACPR et actualisée au minimum tous les 2 ans, ou à chaque changement significatif d'activité. Un audit externe n'est pas obligatoire en toutes circonstances, mais fortement recommandé : il démontre la bonne foi de l'entreprise en cas de contrôle et protège le dirigeant. Levier IA automatise cet audit sur [sa plateforme](/aml).
Sources et références
Les données et affirmations de cet article sont sourcées auprès d'autorités publiques et d'études peer-reviewed.
- EUR-Lex — Journal officiel de l'Union européenne — Règlement (UE) 2023/1113 — Transfert de fonds et crypto-actifs (Travel Rule) (31 mai 2023) « Les obligations d'information sur le donneur d'ordre et le bénéficiaire sont étendues aux transferts de crypto-actifs, sans seuil minimal. »
- EUR-Lex — Journal officiel de l'Union européenne — Règlement AMLR 2024 — Règlement (UE) 2024/1624 relatif à la lutte contre le blanchiment de capitaux (19 juin 2024) « Le règlement établit des règles harmonisées directement applicables concernant la vigilance à l'égard de la clientèle, la déclaration de transactions suspectes et la transparence des bénéficiaires effectifs. »
- EUR-Lex — Journal officiel de l'Union européenne — Directive (UE) 2018/1673 — Lutte contre le blanchiment de capitaux par le droit pénal (AMLD6) (23 octobre 2018) « Les États membres veillent à ce que le blanchiment de capitaux soit passible d'une peine maximale d'emprisonnement d'au moins 4 ans. »
- Tracfin — Ministère de l'Économie et des Finances — Tracfin — Rapport annuel d'activité 2024 (2025) « Tracfin a reçu plus de 200 000 déclarations de soupçon en 2024, en hausse de 15 % par rapport à 2023, dont une part croissante liée aux crypto-actifs. »
- Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution — ACPR — Lignes directrices sur l'approche par les risques en matière de LCB-FT (2024) « L'ACPR rappelle que la classification des risques LCB-FT doit être documentée et révisée annuellement pour toutes les entités assujetties. »
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